L’ARTISTE

"Les grandes épreuves provoquent toujours de grandes réactions.

Ainsi, celles de la guerre et de l'occupation, suscitent-elles un sursaut vigoureux de la peinture française, qui vécut à nouveau à partir de 1941, les heures glorieuses du temps du fauvisme et du cubisme.

Au nombre des champions de ce renouveau prend place Jean Marzelle, dont toutes les aspirations, héritées en partie de Cézanne, semblent se développer à partir de la couleur fauve et de l'architecture cubiste.

Intense, son chromatisme témoigne fréquemment d'une science subtile.
Sans doute arrive-t-il parfois au peintre d'opposer simplement des couleurs primaires, des rouges et des bleus en particulier, dont l'antithèse de tons chauds et de tons froids lui plait.

Mais, plus souvent, il marie savamment les binaires : ciel orange et montagne violette, dans une de ses vues de la montagne Sainte-Victoire, arbres verts et ciel mauve, dans un paysage de Saint-Rémy-de-Provence, nuages roses à droite et lilas à gauche, dans un de ses ports de Hollande.

Si ces accords raffinés le séduisent, il n'affectionne pas moins les rapprochements entre des tons voisins. Ainsi, dans une de ses vues de Tolède, juxtapose-t-il des violets et des pourpres et des orangés, de même que dans une autre vue de Saint-Rémy, des terroirs saumon jouxtent un horizon mauve.

Une musique étouffée et rare, se dégage ainsi de ses toiles, qui le classe parmi nos meilleurs coloristes contemporains (...)"

Bernard Dorival
Mars 1982